La volonté du gouvernement d’introduire le vote par anticipation pour la présidentielle de 2022 s’est heurtée au veto du Sénat cette semaine. Certains ténors de la majorité désespèrent de ratés à répétition.
Ce devait être la surprise du chef. Mardi dernier, le gouvernement a déposé un amendement à la loi en discussion au parlement sur l’organisation de la présidentielle de 2022, pour mettre en place la possibilité de voter la semaine précédant le jour officiel du scrutin. Objectif : réduire l’abstention.
Le Parlement « pas au parfum » – « Un engagement du candidat Macron en 2017 », affirment les conseillers de l’exécutif, mais dont personne n’avait été mis au courant qu’il allait ressurgir de la sorte. « Ce qui a pêché, c’est la concertation avec les parlementaires, à la fois Assemblée et Sénat n’ont pas été mis au parfum… », convient l’entourage d’un ministre, qui reconnaît « une mise en difficulté sur l’atterrissage » de la mesure.
Piqués au vif, les parlementaires ont peu goûté à la farce et le texte a été retoqué jeudi au Sénat. Pire, les subtilités des usages de la procédure parlementaire empêchent désormais tout repêchage de la mesure. Un « amateurisme » dont certains désespèrent. « C’est une maladresse du gouvernement », tranche l’entourage d’un ministre, alors que celui du chef de l’Etat récuse d’avoir été à la manœuvre, l’un des proches d’Emmanuel Macron déplorant que « cela soit apparu un peu précipité ».
Le ministère de l’Intérieur pointé du doigt – Reste que, à l’image de nombre de ses collègues, un membre du gouvernement ne décolère pas : « Je ne vois pas d’où est sorti ce truc-là », déplore-t-il, en rappelant que la mesure posait « des sujets constitutionnels » et obligeait donc à être traitée avec davantage de soin. L’affaire a par ailleurs permis aux oppositions de tous bords de fustiger le projet, pour mieux se féliciter de ce qui est apparu comme une reculade du gouvernement. Face à ce fiasco, nombre de ténors de la macronie soulèvent la responsabilité du ministère de l’Intérieur, chargé d’étudier la faisabilité de la mesure. « On a assisté, comme d’habitude, à une dérive homéostatique de Beauvau », tacle un responsable de la majorité, tels « ces végétaux qui essaient de persister dans leur être et qui vous disent invariablement que rien n’est jamais possible, jusqu’à ce soit possible ».
Loi Sécurité globale : la « vive émotion » de Richard Ferrand – Ce que certains assimilent à « un crash » allonge en outre une liste de ratés qui se sont multipliés ces derniers mois. Le pataquès de l’article 24 de la loi Sécurité globale, qui prévoyait notamment de punir l’usage « malveillant » d’images des forces de l’ordre, avait donné lieu à la création d’une commission décidée par Matignon pour « réécrire la loi », mais sans que les services du Premier ministre ne préviennent les parlementaires.
L’épisode avait suscité une bronca jusque dans les rangs de la majorité, le président de l’Assemblée Richard Ferrand exprimant sa « vive émotion » et son « opposition à l’initiative consistant à confier à un organe extérieur au Parlement le soin de réécrire un texte d’une proposition de loi issue de travaux parlementaires ».
« Il y a des matins, ça me sidère… » – Quelques semaines plus tard, le gouvernement avait dû reculer, 24 heures après la présentation, en conseil des ministres, d’un projet de loi « instituant un régime pérenne de gestion des urgence sanitaires », dans lequel apparaissait la possibilité de voir conditionnés certains déplacements à la vaccination. La mesure visait à créer des régimes d’exception mobilisables par décret, et dont le Parlement aurait uniquement reçu une simple notification, provoquant à nouveau un tollé. En janvier, la création d’un « collectif citoyen » tiré au sort, pour « partager les préoccupations » et « interrogations » de la société quant à la campagne de vaccination, a achevé d’irriter nombre de parlementaires, qui se considéraient exclus de la prise de décision en matière de politique vaccinale. La répétition des épisodes échaude jusque dans la majorité. « Je ne comprends pas », soupire un ministre. « Il y a des matins, ça me sidère… »